Œil et dent : de bons amis…
Recouvrer la vue grâce à une dent, la sienne ou
celle de son fils, comme l'a expérimenté un
Irlandais, devenu aveugle après une explosion, ne
relève ni du miracle ni d'un docteur Frankenstein, mais
d'une opération chirurgicale imaginée il y a des
décennies par un ingénieux spécialiste
italien.
"500 à 600 interventions de ce type ont été
pratiquées au total dans le monde", indique le Dr Bernard
Duchesne (université de Liège, Belgique).
La technique, dite
d'"ostéo-odonto-kératoprothèse est une
alternative à la greffe de cornée, quand cette
dernière n'est pas possible, mais aucunement bien
sûr d'un remplacement de l'oeil entier par une dent !
Un patient Irlandais avait perdu la vue en 2005 lors d'une
explosion dans une entreprise de recyclage d'aluminium.
Schématiquement, tout matériau synthétique
directement implanté dans l'œil se voit expulser par
la couche de surface, c'est-à-dire
l'épithélium, et c'est encore plus vrai au niveau
de la cornée. Or l'inventeur a observé que dans
l'organisme, deux matériaux rigides pouvaient être
en contact sans problème avec de
l'épithélium, les ongles et les dents. Il a
observé par ailleurs que la muqueuse buccale tolère
la dent, si le ligament alvéolo-dentaire est en bon
état. Sinon (problème d'hygiène, maladies
familiales...), la muqueuse cherche à l'expulser,
provoquant le déchaussement de la dent. Une observation
dont l’inventeur a su tirer parti.
Concrètement, on prélève le bloc
ostéo-dentaire où se trouve la racine de la dent
avec ce fameux ligament, puis l'émail est enlevé.
On meule ce bloc pour obtenir un
parallélépipède rectangle de 7 à 8 mm
de large, de 14 à 16 mm de long et 2,5 à 3 mm
d'épaisseur.
On le perce pour y introduire une simple optique en plastique
transparent, et ainsi le boucher. L'ensemble est alors
placé sous la peau du patient pendant 3 mois minimum, pour
qu'il soit colonisé par des cellules et entouré de
tissus fibreux afin de permettre de faire les points de
suture.
Parallèlement, on prépare l'œil en lui
enlevant la fine couche qui le recouvre (opération dite
kératotomie) et la remplaçant par de la muqueuse
buccale afin que la dent retrouve le milieu auquel elle est
habituée.
L'aspect n'est pas très joli (pupille sans iris, couleur
rosâtre), mais esthétiquement une grande lentille de
contact avec un iris dessiné dessus peut être
"acceptable".
Des lunettes permettent d'adapter ensuite la vue, poursuit le
spécialiste. "La récupération visuelle est
suffisante pour conduire une voiture.
Cette technique, très lourde (en durée et
personnels), n'a jamais été très en vogue
mais elle reste utile.
Pour sa part, le patient irlandais opéré à Brighton se réjouit de voir suffisamment pour se déplacer et regarder la télévision.
Lien direct vers cet article: http://www.medicalservices.be/news/2008-03-12/iil_et_dent_de_bons_amisa.htm
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