Encore une application de la thérapie génique.
La thérapie génique donne des résultats encourageants pour la principale forme de leucodystrophie.
Frappant de nombreux nouveaux-nés, les leucodystrophies ont en commun une pathologie affectant les cellules du système nerveux central fabriquant la gaine de myéline qui enveloppe les nerfs. La maladie empêche la bonne propagation de l'influx nerveux.
Dans le cas de l'adrénoleucodystrophie (ALD), la maladie
est liée à une mutation d'un gène,
porté par le chromosome X, identifié en 1993 par
les équipes des professeurs Aubourg et Mandel. Transmise
par la mère, la maladie se développe uniquement
chez les garçons, les filles en étant seulement
conductrices si elles héritent de la mutation.
La pathologie est lourdement invalidante et mortelle dans les formes sévères. L'évolution se fait en trois phases. Au cours de la première, l'enfant paraît se développer normalement. Durant la période allant de 5 ans à 12 ans, des taches blanches se multiplient à l'imagerie médicale, sans signes cliniques. A ce stade, la greffe de moelle osseuse marche bien.
Au cours de la troisième phase, qui dure entre six mois et deux ans, la personne devient grabataire, avec une perte des fonctions intellectuelles et motrices. La survie est très variable.
La solution de la greffe de moelle se heurte à une pénurie de donneurs, même si la situation s'est améliorée grâce aux banques de sang de cordon. D'où l'idée de recourir à la thérapie génique au moyen de cellules souches hématopoïétiques, présentes dans la moelle osseuse et capables de donner toutes les lignées de cellules sanguines.
D'autant qu’un chercheur de l’Institut Pasteur a développé un vecteur lentiviral dérivé du VIH1. L'équipe du professeur Aubourg et de Nathalie Cartier l'a utilisé afin d'optimiser le transfert du gène correcteur, car le vecteur peut pénétrer dans le noyau de cellules qui ne se divisent pas, comme les cellules sanguines.
En collaboration avec l'équipe des professeurs Marina Cavazzana-Calvo et Alain Fischer (Hôpital Necker, Paris), les chercheurs ont prélevé des lymphocytes (globules blancs) dits "CD34 +" chez deux enfants malades. Ces cellules ont été mises, in vitro, en présence du vecteur lentiviral porteur du gène thérapeutique.
Dans un second temps, après différents tests de sécurité sur les cellules prélevées puis destruction totale par chimiothérapie de la moelle osseuse, les cellules CD34 + "corrigées" ont été réinjectées. Quinze jours plus tard, la moelle osseuse et les cellules sanguines étaient réapparues. Au bout de respectivement neuf mois et quatre mois et demi de suivi, de 20 % à 30 % des lymphocytes et monocytes des enfants greffés exprimaient la bonne version de la protéine ALD.
"Nos premiers résultats apportent deux bonnes nouvelles, se réjouit le professeur Aubourg. D'une part, le vecteur dérivé du VIH1 montre pour la première fois en clinique qu'il tient ses promesses pour faire exprimer le gène thérapeutique. D'autre part, l'intérêt des cellules souches hématopoïétiques, capables de se renouveler et de se transformer en n'importe quelles cellules sanguines, est confirmé."
Le suivi des deux enfants va se poursuivre, afin de s'assurer de l'innocuité durable de cette thérapie génique.
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