Minute cinéma : Sicko permet de voir d’autres réalités de systèmes de santé
Après avoir connu un immense succès en salle et la
Palme d'or à Cannes, avec « Fahrenheit 9/11 »,
à quoi Michael Moore allait-il bien pouvoir s'attaquer
?
Il lui fallait un autre grand sujet. Avec « Sicko »,
il le tient, encore une fois. Il s'agit d'un problème
capital qui ronge les citoyens des États-Unis : le
système de santé.
Non seulement 47 millions de citoyens n'ont aucune couverture
médicale, mais des millions d'autres, pourtant
bénéficiaires d'une mutuelle, se heurtent
systématiquement aux lourdeurs administratives du
système.
Au terme d'une enquête sans concession sur le
système de santé dans son propre pays, Michael
Moore , dans SICKO, revient pour tailler un costard au
système de santé américain.
L’Amérique est la première puissance mondiale
mais sa sécurité sociale part en lambeaux. Lui
offrir un nouveau costume est son nouveau credo. Pour lui
dessiner un nouveau patron, Moore parcourt la France,
l’Angleterre et le Canada. Au fil de ses rencontres, une
fiche de retouche est dressée. Le calage est grossier et
le tissu cousu de fil blanc mais la veste a le mérite
d’exister.
Sans mutuelle privée, un Américain ne peut se faire
soigner. Choix draconien d’une personne, suite à un
accident de scie sauteuse, entre récupérer son
annulaire pour 10.000 euros ou son majeur pour 65.000 euros.
Image poignante d’une maman ayant perdu son enfant pour ne
pas l’avoir transféré dans
l’hôpital de sa mutuelle. Déposition
scandaleuse d’un médecin certifiant que son revenu
était indexé au nombre de refus de prise en charge
lorsqu'il travaillait pour une mutuelle. Absence de
reconnaissance des maladies supportées par les volontaires
suite au 11 septembre. Ainsi va l’Amérique selon
Moore. Entre enrichissement des industries pharmaceutiques,
relance de son assurance santé, mépris de
l’assuré et endettement pour se faire soigner.
Les compagnies d'assurance sont mises en cause par le biais de
révélations d'employés et de médecins
qui ont reçu pour seul mot d'ordre : faire des
économies et augmenter les profits . Moore dénonce
le « sponsoring » des candidats aux
présidentielles par des firmes pharmaceutiques
Moore ne souhaite néanmoins pas s’arrêter au
simple constat. Et si, finalement, les autres pays
n’étaient pas mieux lotis ? Il s’engage donc
dans un petit tour d’horizon des systèmes de
santé les plus enviés : Canada, Angleterre, France.
Les propos sont choisis. La caricature, par certains moments, se
profile. Le couple de français moyen ayant une revenu
mensuel à 8.000 euros en ferait rêver plus
d’un. Les témoignages de ressortissants
américains profitant du système de santé
français frisent l’écœurement.
L’absence d’attente dans les hôpitaux anglais,
canadiens ou français a un goût de paradis.
Chez Moore, tout est blanc ou noir. La rhétorique de
l’image est parfaitement maîtrisée même
si le procédé est grossier. Comme dans tous ses
films, on s’interroge sur le public visé. Est-ce
l’Européen qui sourira devant l’ironie
calibrée du film ? Ou un des 300 millions d'habitants des
Etats Unis qui luttent chaque jour pour connaître le
rêve américain ? Chacun ne dispose pas de la
même grille de lecture. Pas sûre que Moore
d’ailleurs s’en préoccupe. Le costard a besoin
d’être retaillé. Qu’importent les
procédés utilisés pour
l’ajuster.
Oscillant entre la comédie et le mélo, en passant
par l'outrage et la dénonciation, ce documentaire
pourra-t-il servir de déclencheur et influer sur les
résultats des prochaines élections ?
Sortie en octobre. Je l’ai vu en projection privée et cela vaut vraiment la peine !
Lien direct vers cet article: http://www.medicalservices.be/news/2007-09-15/minute_cinema_sicko_permet_de_voir_d_autres_realites_de_systemes_de_sante.htm
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