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Voici venu l'ère des apprentis-sorciers

Dr Charles Hermann 22/01/07 11:17 - Dernière Modification: 22/01/07 18:12

Deux fois dans ma vie j’ai été surpris par une conférence scientifique :

La première fois, cela se passait à un congrès d’anesthésie  et comme souvent dans les congrès d’outre atlantique les organisateurs avaient invité un conférencier qui ne parlait pas d’anesthésie  mais d’un sujet d’intérêt général  le conférencier était DR Robert G. Edwards ; nous étions au début des années 70 et il nous parlait de transfert de cellules d’un embryon de souris blanches dans un embryon de souris noire qui donnait naissance à des souris tachetées. Il m’a fallu plusieurs jours pour croire qu’il nous avait dit la vérité et pourtant 5 ans plus tard il (créait) Louise Brown.

La seconde fois est plus récente : en octobre 2006 je suis allé à un congrès de l’American  society of Reproductive Medecine et de nouveau une conférencière externe est venue nous présenter un sujet d’actualité intitulé cette fois ci : The Endocrine  Regulation of lifespan ou le régulation de la durée de vie par les hormones.

 

Tout comme la première fois Cynthia Kenyon, PH.D.m’était inconnue. Elle a cependant été formée au MIT  de Boston en 1981 puis a été professeur assistant associé et full professor à « Harvard University ».

Tout cela pour vous dire qu’elle n’a rien d’une farfelue et si elle maintient son rythme actuel, elle sera un jour Prix Nobel.

Elle est  actuellement American Cancer Society Professor dans  le département de biochimie et biophysique de l’université de Californie à San Francisco.

Durant sa conférence dont l’objet était « L’étude du vieillissement »

Son laboratoire a découvert que chez le ver « C. Elegans », une association entre un homologue de l’insuline humaine, du récepteur de facteur de croissance IGF-1 à un facteur de transcription(daf16) régule la durée de vie du ver en question.

Par conséquent le vieillissement n’est plus un processus gouverné uniquement par le hasard tel que par exemple nos vieilles voitures  mais un processus biologique régulé par un contrôle hormonal et transcriptionnel du gène. 

Elle a aussi montré que le vieillissement des mammifères était aussi régulé par l’insuline et l’insuline facteur de croissance, de sorte que le vieillissement n’est plus une chose inévitable et intouchable mais bien modulable et sujette à régulation. 

Elle a aussi appris autre chose dans sa recherche de vers mutants : si ceux-ci vivaient non seulement 50% à 100% plus longtemps que la moyenne, ils étaient également résistants aux maladie due à l’âge (cancer).Transposé à l’homme à 100 ans, ils paraîtraient  en avoir  50, il ne s’agirait pas encore de la fontaine de jouvence mais d’un ralentissement plus que notable du vieillissement.

Le même schéma est-il conservé dans l’évolution ? 

Partant de ces prémices  d’autres laboratoires ont montré que chez des souris mutantes qui vivaient plus longtemps les IGF-1 récepteurs étaient partiellement inactifs ;de même un autre chercheur Nir Barzilai  trouvé que des mutations  fonctionnelles  des récepteurs IGF-1 existaient chez les juifs ashkénazes centenaires.
 

La régulation de la durée de vie par le système de la reproduction

En 1999 Cynthia Keynon a montré que en détruisant au laser les cellules souches de la lignée germinative on augmentait la durée de vie du ver pour autant que les organes de reproductions restent intacts. Elle a montré que détruire les cellules souches augmentait la localisation de DAF16 dans le noyau des cellules intestinale et adipeuse.

Elle a aussi montré que l’hormone stéroïde pregnenolone existait dans le ver C elegans et augmentait sa durée de vie.

Très récemment il a été montré que la transplantation d’ovaires de femelles de souris jeunes à des souris âgées augmentait leur durée de vie.

L’extension de la durée de vie de 6 fois

 Si on perturbe les signaux provenant à la fois du système insuline/IGF-1 et du système reproduction chez le même animal la durée de vie e été augmentée de six fois sans apparemment perturber sa santé ni son activité jusqu'à la veille de la mort.

L’extension de la durée de vie par inhibition de la translation.

En diminuant le niveau des protéines du ribosome on augmente la durée de vie du ver C Elegans ; de même l’inhibition du detecteur de nourriture augmente la résistance au stress thermique.

En résumé en inhibant la translation on peut augmenter la durée de vie en plaçant les cellules dans un état physiologique qui favorise la maintenance et la cicatrisation.

Finalement les mutations qui augmentent la durée de vie inhibent la croissance des tumeurs

Cynthia Keynon a démontré que la diminution à long terme de l’insuline/igf-1 ,la restriction calorique et les mutations mitochondriales ne produisaient pas d’augmentation des tumeurs chez le ver C.Elegans grâce à une augmentation du DAF 16 et p53 qui augmente l' apoptose cellulaire

Par conséquent les changements cellulaires qui conduisent à une augmentation de la durée de vie diminuent aussi de manière spécifique la croissance cellulaire excessive.Il n’y a pas de relation entre la durée de vie des espèces animales et le nombre de cancer en effet les espèces qui vivent longtemps ont une durée de vie sans cancer qui est plus longue que les espèces qui ont une durée de vie courte probablement grâce à un changement de l’activité des gènes que nous venons d’analyser.

 

Dr Charles Hermann

Gynécologue-obstétricien

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11 février 2012
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